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HISTORIQUE
On ne
possède guère d'archives sur l'orgue
d'Ergué- Gabéric, aussi devons-nous nous baser
sur l'examen de l'instrument lui-même pour en reconstituer
l'historique. Une date apparaît sur son buffet : 1680, et la
comparaison avec les orgues de Ploujean, Saint-Melaine de Morlaix,
Guimiliau, Sizun et Rumengol nous permet d'attribuer la
paternité de cet orgue à Thomas Dallam, sieur de
la Tour. Ce facteur, d'origine anglaise, est né vers 1630,
dans une famille catholique originaire du Lancashire. Son
père, Robert Dallam, était
déjà célèbre en Angleterre,
mais il dut s'exiler au
moment de la Révolution puritaine qui interdit l'usage
de l'orgue dans les églises et se réfugia
à Quimper en
1642. Il fut chargé de construire le grand orgue de la
cathédrale, et la famille Dallam garda longtemps des
attaches avec Quimper. En 1660, à la restauration de la
monarchie anglaise, Robert Dallam rentra dans son pays mais son fils
Thomas resta dans le Finistère où il
s'établit et travailla sans relâche
jusqu'à sa mort à Guimiliau en 1705. On lui doit
les orgues déjà cités ainsi que
d'autres disparus depuis. L'orgue de Ploujean, près de
Morlaix, fut commandé en 1677 et terminé en 1680
; il est donc contemporain de celui d'Ergué, avec lequel il
présente de nombreuses analogies : les deux orgues ne
possèdent qu'un seul clavier à
l'arrière du buffet, et tous deux se trouvent
placés en bord de tribune, tels des positifs.
Ce qui fait
l'intérêt de l'orgue
d'Ergué-Gabéric, c'est qu'il fut très
peu retouché au cours des siècles. Quelques
réparations eurent lieu en 1845, consécutives
à des dommages causés par la chute du clocher en
1836. Ces modestes travaux, réalisés par un
artisan originaire du Morbihan, François Bardouil, permirent
à l'instrument de poursuivre sa carrière jusqu'en
1902, lorsque les Wolf, facteurs d'origine suisse établis
à Quimper, effectuèrent une intervention pour 1
200 F. Quelques années plus tard cependant il semble que
l'orgue soit devenu muet et ce triste état devait durer
juqu'en 1980. L'instrument tricentenaire, classé Monument
Historique, fut alors restauré par Jean Renaud sous la
direction de Jean-Albert Villard. L'objectif était de
revenir autant que possible à l'état de 1680. Les
travaux portèrent sur la remise en état de la
tuyauterie, de la soufflerie, du sommier, de la mécanique
des claviers et des registres, ainsi que sur le buffet et la tribune.
Dans les années qui suivirent, il parut souhaitable de
poursuivre cette restauration et d'y adjoindre une seconde tranche
concernant la partie sonore c'est-à-dire les tuyaux et leur
harmonisation. Cette deuxième tranche fut
réalisée par Bernard Hurvy. La pression, d'abord
fixée à un niveau élevé,
fut ramenée à 85 mm, mais le réservoir
vraisemblablement posé en 1845 par F. Bardouil fut maintenu.
Le diapason de l'orgue, que l'on avait d'abord cru plus bas d'un
demi-ton par rapport au ton actuel, fut rétabli à
un ton entier au-dessous, soit 387 Hz. Plusieurs surprises attendaient
le facteur Bernard Hurvy lors des travaux de 1990. En effet l'analyse
de la tuyauterie révéla son
hétérogénéité.
Comme tous les tuyaux anciens étaient de Dallam (environ 450
sur les 750 que compte l'instrument, les autres étant des
copies faites en 1980) il fallut conclure que le facteur, sans doute
pressé, avait puisé dans ses fonds d'atelier. B.
Hurvy s'interrogea sur les tailles insolites de certains tuyaux ,
provenant des jeux les plus divers, mais tous
façonnés par Dallam, avec ses marques d'origine
bien reconnaissables. D'autre part le plein-jeu comportait,
d'après les perces des registres, deux rangs à la
Fourniture et trois pour la Cymbale, disposition inhabituelle alors que
les marques des tuyaux indiquaient trois rangs à la
Fourniture et deux pour la Cymbale, répartition classique.
Autre énigme, les petits tuyaux placés en montre
dans le soubassement. Ont-ils correspondu à un
deuxième clavier disparu depuis ? Ont-ils jamais
sonné ? L'examen le plus attentif n'a pas permis de
répondre à cette question.
On le voit
l'histoire de ce petit instrument comporte encore des zones d'ombre, et
mériterait d'être mieux connue, ainsi que les
circonstances de sa construction. Tel qu'il est cependant, il
représente surtout depuis 1990, un excellent exemple de la
facture de Thomas Dallam et permet de retrouver des
sonorités oubliées depuis bien longtemps.
Michel
COCHERIL
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